"Les contes défaits" bouleversante entrée en littérature d’Oscar Lalo


Ecoutez Oscar Lalo au micro d Edmond Morrel (45,5 Mo)

"Les contes défaits" de Osacr Lalo (Belfond)

Certains romans vous empoignent littéralement dès les premières lignes et ne vous lâchent qu’au terme d’une lecture tout au long de laquelle vous avez conscience de ne pas sortir indemne. "Les contes défaits" , premier roman d’Oscar Lalo, est de ceux-là. Le narrateur adulte essaie de reconstituer au fil des chapitres courts d’un journal saccadé comme par des sanglots, la violence dont , enfant, il fut la victime : le train qui chaque été emmenait un convoi d’enfants livrés au home dans lequel ils étaient livrés aux sévices sexuels du couple de Thénardiers qui le dirigeaient. Aucune des tortures infligées n’est décrite. L’écrivain n’a pas besoin de ces mots là pour que nous frémissions de douleur partagée et de compassion pour l’enfant : "Quand (il) avait les yeux dans le vide, c’est que l’homme est passé par là."
Oscar Lalo est implacable pour les parents qui ne devinaient rien, pour le directeur et sa femme régnant sur un univers sans loi, pour les masques souriants et convenus derrière lesquels la douleur des victimes et la duplicité des bourreaux trouvaient refuge. Le roman de Lalo interroge, à travers l’"enquête sur un crime sans preuve, sans indices ni symptômes" à laquelle se livre le narrateur, la justice, la mémoire, l’enfance, la résilience. Tous ces mots, grâce à la fiction, à l’écriture maîtrisée du romancier, à la distance paradoxale qu’il met entre le lecteur et les sévices subis, prennent leur vrai sens. Ces mots abstraits résonnent ici, comme de longues plaintes enfin libérées, sur les parois de notre coeur révolté.
La faculté des romans est de transformer et de nourrir notre regard sur les univers qu’ils dévoilent : "les contes défaits" en sont une démonstration éclatante.

Edmond Morrel, Bruxelles le 13 février 2017

Sur le site de l’éditeur

Peau d’âme, noire neige, le petit poussé... Il était zéro fois... c’est ainsi que commencent Les contes défaits.
Peau d’âme, noire neige, le petit poussé... Il était zéro fois... c’est ainsi que commencent Les contes défaits.
L’histoire est celle d’un enfant et de l’adulte qu’il ne pourra pas devenir.
Je suis sans fondations. Ils m’ont bâti sur du néant. Je suis un locataire du vide, insondable et sans nom, qui m’empêche de mettre le mien. La page reste blanche car tout ce qui s’y inscrit s’évapore.
Sans rien dire jamais de ce qui ne se montre pas, loin de la honte et de la négation, Oscar Lalo convoque avec ses propres mots, pourtant universels, la langue sublime du silence...
Et c’est en écrivant l’indicible avec ce premier roman qu’il est entré de façon magistrale en littérature.

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