Bradbury : "Le livre prophétique de la fin du livre"

Ecoutez la marge de Jacques De Decker, en version courte et en version longue


Ecoutez "La Marge" version longue (22’) (8,1 Mo)

Ecoutez "La Marge" en version courte (3’) (1,6 Mo)

"La marge" de Jacques De Decker se décline en trois versions. Le texte publié, le texte lu par l’auteur, et le commentaire improvisé par Jacques De Decker au micro d’Edmond Morrel.

Le livre prophétique de la fin du livre

Un auteur se meurt ; et c’est un film qui nous revient à la mémoire. Etrange métamorphose. L’auteur n’est pas négligeable, loin de là, il a vécu presque un siècle, et il a passé quatre cinquième de sa vie à écrire, à jet continu, pourrait-on dire. Et jusqu’à son dernier souffle. A la fin, comme un accident cérébral l’avait empêché de tenir la plume, il dictait ses histoires à sa fille, par téléphone.

Il a vécu de sa plume, plus que confortablement, comme un artisan, qui fournissait de la copie à quantités de magazine, des « fanzines » comme on les appelait, parce qu’ils étaient souvent spécialisés dans des récits où le fantasme guidait la narration : fantastique, heroic fantasy, science-fiction. L’auteur en question était surtout associé à cette dernière, mais en raison d’un malentendu : Ray Bradbury s’était rendu célèbre par ses « Chroniques martiennes » qui n’avaient cependant rien à voir avec l’exploration de l’espace. C’étaient des contes, à la Swift, simplement les personnages n’y habitaient pas un monde imaginaire, mais la planète Mars, qui a très vite remplacé la lune dès qu’on s’est aperçu qu’on pouvait marcher dessus. Comme on foulera un jour le sol martien, cette pauvre composante du système solaire sera également intégrée à la banlieue terrestre.

Bradbury était, foncièrement, un moraliste. Il en a eu le comportement, lui qui n’a jamais voulu se conformer aux édits de l’éducation programmée. Il était autodidacte et fier de l’être. Il lisait, il écrivait, il n’a jamais rien fait d’autre, d’où une œuvre pléthorique dont il n’est pas sûr que l’on rassemblera le tout, sinon par souci d’exhaustivité. Lorsqu’on écrit comme on respire, on peut quelquefois être à bout de souffle, mais peu importe, ce sont les réussites qui comptent. Et Bradbury en a quelques-unes à son actif, comme « L’homme illustré », qui fait office de classique, et transcende les genres. Mais il a fait mieux encore : un livre mythique, un livre-culte, un livre-emblème, auquel son nom sera à jamais associé, même si son titre se suffit à lui-même, composé d’un chiffre qui ne s’oublie pas et d’un label qui désigne l’une des deux mesures de chaleur convenues. Même les populations qui, comme la nôtre estime la température en degrés Celsius savent que les autres se conforment à l’échelle de Fahrenheit. Ce grand livre, signé Bradbury, s’intitule « Fahrenheit 451 ». Mais ce n’est pas à sa version papier qu’il doit sa notoriété, mais à sa transposition sur pellicule qui, elle s’enflamme plus tôt que le parchemin.

Il se fait qu’un autre artiste autodidacte s’est épris de cette histoire. François Truffaut, fou de lecture comme chacun sait, dévoreur de livres dès son plus jeune âge (son double Antoine Doinel, dans « Les 400 coups » n’élève-t-il pas un autel à la littérature dans sa soupente ?) ne pouvait pas rester insensible à l’évocation d’une société où la lecture était rigoureusement réprimée, où les livres, quels qu’ils soient, étaient voués à l’autodafé, et où la résistance à la dictature de l’ignorance consistait, pour quelques irréductibles, à apprendre par cœur les livres qu’il leur était désormais interdit de feuilleter, de conserver, de chérir. Quel don de soi qui consiste à s’incorporer les lectures désormais prohibées, à les stocker dans sa mémoire, et à les transmettre, dans les forêts où ces irréductibles se terrent, par le pouvoir de la parole !. N’avons-nous pas l’impression, de nos jours, où l’on dit que les livres papiers sont condamnés et où il n’est pas sûr du tout que les supports électroniques les préservent tous de la disparition, que Bradbury et Truffaut avaient tragiquement raison ?

Références du livre :
"Populismes : la pente fatale" de Dominique REYNIÉ
Editions PLON, Collection : Tribune libre
Prix : 20 € , 288 pp
ISBN : 2-259-20890-8

Les "Marges" s’enchaînent sur quelques mesures de l’allegro moderato alla fuga de la Sonate n°2 de Nicolas Bacri interprété par Eliane Reyes. Ce morceau est extrait du récent CD enregistré chez NAXOS des "Oeuvres pour piano de Nicolas Bacri" interprétées par Eliane Reyes

Le disque réunit les oeuvres suivantes :
Prélude et fugue, Op. 91
Sonate n° 2
Suite baroque n°1
Arioso baroccp e fuga monodica a due voci
Deux esquisses lyriques, Op. 13
Petit prélude
L’enfance de l’art, Op 69
Petites variations sur un thème dodécaphonique, Op 69

Référence : NAXOS 8.572530

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