"ANTIGONE aujourd’hui présente"

Ecoutez "la marge" et "la contre-marge" de Jacques De Decker


Ecouter "La Marge" (4’) (4 Mo)

Ecouter "La Contre-marge" (11’) (11,2 Mo)

"La marge" de Jacques De Decker se décline en trois versions. Le texte publié, le texte lu par l’auteur, et la "contre-marge", un commentaire improvisé par Jacques De Decker au micro d’Edmond Morrel.

"ANTIGONE AUJOURD’HUI PRESENTE"

Antigone, l’ « Antigone » d’Anouilh, est par deux fois portée sur des scènes francophones prestigieuses ces jours-ci. A Paris, la chose se passe à la Comédie Française, honneur qui n’échoit qu’exceptionnellement à son auteur, et l’on est en droit de se demander pourquoi ce texte, coutumier des programmes de l’enseignement secondaire, n’a pas son couvert mis en permanence dans ce bastion de la culture classique française. A Bruxelles, c’est le plus grand théâtre de la ville qui la monte, celui des Galeries, lové dans ce haut lieu du commerce et de la culture qu’est ce passage abrité sous une verrière dont seuls Milan et Moscou peuvent se vanter de posséder l’équivalent. Ici, on ne s’étonne pas de voir Anouilh à l’affiche : il y fut, dès l’avant-guerre, joué par les acteurs belges et par des Français, souvent illustres qui venaient rôder ici, avant la Ville Lumière, leurs spectacles.

A Paris, le rôle est joué par une comédienne belge, Françoise Gillard, pensionnaire de la Maison de Molière depuis belle lurette, qui fut, il y a vingt ans de cela, mais dans un autre théâtre des mêmes Galeries Saint-Hubert, le Vaudeville, Juliette dans la pièce de Shakespeare montée par Daniel Scahaise : son Antigone a été célébrée par la critique. A Bruxelles, c’est une débutante quasi complète qui s’empare superbement du rôle, Wendy Piette, qui a eu droit, une fois n’est pas coutume dans une ville qui ne célèbre pas souvent les acteurs et actrices, à une mise en évidence médiatique qu’elle n’avait pas volée. Elle est le miracle central d’une production digne de tous les éloges.

Fabrice Gardin s’est efforcé de rendre justice à ce que l’œuvre d’Anouilh est avant tout : une actualisation toujours opérante du propos. C’est même ce que sa conception a de plus remarquable. Longtemps, on a reproché à Anouilh d’avoir vulgarise la tragédie antique, de l’avoir soumise à un traitement démagogique. Aujourd’hui, et c’est peut-être un signe des temps, son écriture n’apparaît pas raccollante ou réductrice, mais avant tout limpide, sobre et proche. Elle permet aux acteurs, à l’héroïne bien sûr, mais aux autres aussi, et avant tout à Bernard Sens, qui interprète Créon, et à Benoît Verhaert qui assume en témoin solitaire le chœur, de tirer de la parole de l’auteur, sans en perdre une syllabe, toute sa force percutante.

La vision que propose Gardin du chœur illustre clairement l’efficacité de sa démarche : il en fait un photographe de presse. Il est un de ces paparazzi qui, plutôt que s’insurger contre un massacre, et « Antigone » est le récit d’un massacre pour raison d’Etat, se contente de le mitrailler de prises de vues. Avec, peut-être, l’intention que l’indignation sera relayée. Nous savons malheureusement, nous qui sommes abreuvés d’images, que rien n’est moins sûr…

Qu’y a-t-il de plus revigorant, au théâtre, que de voir une oeuvre prendre toute son ampleur, dans ce cas septante ans après sa création ? Ce n’est pas faute d’avoir été montée aux quatre coins du monde, et souvent avec plus de ferveur en traduction que dans sa langue originale. Mais ici, dans cette vaste salle dont le plafond a été décoré par Magritte, on a l’impression que ce texte a été décline de manière à ce que l’on n’en perde pas une miette. Les grandes œuvres sont comme les grands fauves : il faut savoir les capturer vivantes. La belle équipe pilotée par Fabrice Gardin y est parvenue. Et Anouilh s’en trouve délesté des réputations funestes qu’il traîne. Il est simplement l’homme à qui l’on doit l’occasion de réaliser ces prodiges.

Jacques De Decker

30 octobre 2012

"Antigone" se joue dans une mise en scène de Fabrice Gardin au Théâtre des Galeries à Bruxelles du 24 octobre au 18 novembre 2012


Les "Marges" s’enchaînent sur quelques mesures de l’allegro moderato alla fuga de la Sonate n°2 de Nicolas Bacri interprété par Eliane Reyes. Ce morceau est extrait du récent CD enregistré chez NAXOS des "Oeuvres pour piano de Nicolas Bacri" interprétées par Eliane Reyes

Le disque réunit les oeuvres suivantes :
Prélude et fugue, Op. 91
Sonate n° 2
Suite baroque n°1
Arioso baroccp e fuga monodica a due voci
Deux esquisses lyriques, Op. 13
Petit prélude
L’enfance de l’art, Op 69
Petites variations sur un thème dodécaphonique, Op 69

Référence : NAXOS 8.572530

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